Histoire

La Fabuleuse Histoire d’un Royaume...

Si l’on décortique l’histoire générale du Saguenay—Lac-Saint-Jean, on peut y déceler quatre (4) grandes périodes :

  1. La traite des fourrures 1535 à 1842
  2. Le commerce du bois et la colonisation 1842 à 1890
  3. L’industrialisation et l’urbanisation 1890 à 1930
  4. La spécialisation et l’expansion de l’économie 1930 à aujourd’hui

Les prochaines lignes vous parleront de ces grandes périodes à travers les différents événements qui ont marqué notre histoire.

Le terme « Royaume »

À la découverte de la région, Jacques Cartier tentait tant bien que mal de comprendre ce que les amérindiens lui expliquaient. À son retour en Europe, il explique au Roi François 1er que les terres découvertes sont soumises à une autorité royale, que c’est une société hiérarchisée tout comme en Europe et qu’il faut absolument la conquérir.

Les amérindiens, futés et désireux de conserver leurs terres, font tout en leur pouvoir pour garder les blancs hors de la région, conservant ce mythe de royaume qui les protègent ainsi de l’envahissement. Ce n’est qu’après plusieurs années et bien des échanges que les Européens constatent qu’en fait Jacques Cartier n’avait pas bien compris.

Le terme de « royaume » est resté et fait maintenant partie intégrante de notre histoire.

La Compagnie des Cent-Associés ou Compagnie de la Nouvelle-France

C’est en 1627 que le cardinal de Richelieu créa la compagnie des Cent-Associés dont la centaine de membres promettent de peupler la Nouvelle-France. La mission de la Compagnie est le développement, la découverte du territoire et l’exploitation de la Nouvelle-France. Le tout devait se dérouler sur une période de 15 ans : 4 000 colons Français catholiques à envoyer en Nouvelle-France. La compagnie ne parvient pas à réaliser son mandat et en 1645, elle transfère son monopole de traite en Amérique du Nord (sauf l’Acadie) à la Communauté des Habitants (ou Compagnie des Habitants). Le 24 février 1663 la Compagnie des Associés est dissoute car le mandat n’est pas rempli.

Piékuagami ou lac Saint-Jean ?

Jusqu’à 1647, le vaste lac à l’ouest du Saguenay se faisait appeler Piekuagami par ses habitants. Ce « lac peu profond » avait été protégé par ses habitant de l’invasion des autres nations. Lorsque le père Jean Dequen, missionnaire blanc, décida de remonter jusqu’à la source, il « découvrit » le Piekuagami. C’est donc en son honneur qu’aujourd’hui le Piekuagami possède le deuxième nom, plus usuel, de lac Saint-Jean.

La Compagnie de la Baie d’Hudson

Le 6 mai 1670 est formée par le Prince Rupert (Angleterre) la « Compagnie des aventuriers d’Angleterre faisant le commerce dans la baie d’Hudson ». Oeuvrant majoritairement dans la traite de la fourrure, ils ont le contrôle exclusif de tout le territoire baigné par les rivières et les cours d’eau se jetant dans la baie d’Hudson, ce qui représente environ 4 millions de km2. Au fil des ans, des traités et des cessions, la Compagnie redirige son mandat et approvisionne les fermiers, les promoteurs et les pionniers en une multitude de produits et d’outils nécessaires à leur travail. Cette réorganisation marque le début de l’entreprise moderne que nous connaissons aujourd’hui sous le nom de « La Baie »

(histoire complète ici)

Une nouvelle vocation pour la région

La Compagnie de la Baie d’Hudson se voit, en 1842, l’obligation d’ouvrir son territoire à l’exploitation forestière afin de répondre aux besoins de l’Angleterre.

À la suite de cette décision, William Price est envoyé par le gouvernement Londonien pour exploiter et utiliser ces ressources naturelles. En compagnie de la société des 21 (21 colons de la région de Charlevoix), ils rachètent les droits de coupe de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Les pins blancs, qui sont plus grands et plus droits que les autres arbres, sont exploités et envoyés sur les chantiers de construction navale afin d’en fabriquer des mats de bateau. La forêt alimentera ensuite les 9 scieries qui seront ouvertes par William Price et la société des 21. Parallèlement aux moulins, plus de 5 barrages hydroélectriques voient le jour sur les rivières affluentes du lac Saint-Jean et du Saguenay.

De ces scieries, deux sont célèbres pour leur triste histoire, soit la Pulperie de Chicoutimi et celle de Val-Jalbert. Devenues musées et sites historiques, elles sont de véritables joyaux historiques et touristiques.

Entrepreneur de renommée internationale… en 1895

L’agriculture est l’une des industries les plus fructueuses dans le secteur du lac Saint-Jean depuis les débuts de la région. Les dépôts sédimentaires qu’on laissé les glaciations et la mer Laflamme sur les basses terres du lac Saint-Jean ont rendu le sol particulièrement riche et fertile. Plusieurs familles exploitent leurs terres pour la culture de blé ou autres sortes de fourrages et possèdent également un cheptel porcin ou bovin. La famille Perron de Saint-Prime, quant à elle, a décidé de transformer le lait que les vaches fournissaient. En 1895, la Fromagerie Perron ouvrait ses portes et rapidement, son fromage a acquit une notoriété inespérée : La Reine d’Angleterre commandait régulièrement son fromage à Saint-Prime. Déguster le cheddar Perron et visiter le musée du Cheddar à Saint-Prime est dorénavant un incontournable touristique car en plus de rencontrer la famille Perron, vous rencontrerez toute la population qui s’y rend quotidiennement y acheter son morceau de bonheur.

Drapeau de la région

Lorsque la ville de Chicoutimi fête ses 100 ans en 1938 le 11 juin, le Saguenay se dote d’un drapeau. Après tout, Chicoutimi se fait prédire un avenir prometteur, certains parlent même que Chicoutimi deviendra le Chicago du Nord-Est.

Sur ce drapeau, les couleurs et la signification de leur disposition ne sont pas hasardeuses :

  • Le vert représente la forêt boréale, riche, très présente dans notre environnement et pourvoyeuse d’activités économiques. Elle se retrouve au sommet pour démontrer son ancienneté, sa notoriété.
  • L’agriculture se retrouve au bas du drapeau, dans un jaune doré, pour démontrer que l’agriculture porte et produit la vie.
  • L’industrie de l’aluminium était déjà très importante et on lui voyait un avenir prometteur, c’est pour cette raison que l’on retrouve l’argenté au centre du drapeau. Il représente aussi l’industrie et les commerces en général.
  • Le rouge quant à lui, représente la vigueur, la force de vivre des gens de la région qui, malgré les dures épreuves vécues et à venir, sont et seront toujours debouts.

Ces deux dernières couleurs, l’argenté et le rouge vif sont disposées en croix pour rappeler notre histoire rattachée au christianisme. À l’époque, 1938, la religion était beaucoup plus présente et prenait une place prédominante dans la vie de tous les jours.

Ce drapeau, initialement conçu pour la partie Saguenay de la région, finit par devenir l’unifolié qui identifie toute la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean.

Première à se doter d’un drapeau, aujourd’hui encore, le Saguenay—Lac-Saint-Jean est la seule région au Québec à posséder sa propre effigie.

En période de guerre

C’est avec la 2e guerre mondiale que l’aluminium d’Alcan prend un nouvel envol; l’aviation devient un outil prisé par les armées, et que retrouve-t-on dans la fabrication des avions ? De l’aluminium, matériel innovateur, léger et robuste ! Cette période de l’histoire a donc marqué un point tournant où agrandissements, modernisation, expansion et nouveaux barrages font partie des projets réalisés par cette industrie. Bien évidemment, ce boum économique est très profitable pour la région, emploi, augmentation de la population, nouvelles entreprises.

Par contre, la guerre apporte aussi son lot de sacrifices. Nombreuses familles ont perdu de leurs jeunes hommes à la guerre. Chaque famille (ou presque) a une histoire à vous raconter, automutilation pour ne pas être valide à faire la guerre, mariages précipités et fugues dans les bois loin de tout. Aujourd’hui, une de ces cachettes peut-être visitée, la Caverne du Trou de la Fée située à Desbiens au lac Saint-Jean.

La force d’un peuple

1870

Sur une distance de plus de 160 km (99 milles) et sur une superficie de 3900 km2 (près d’un million d’acres) le Saguenay–Lac-Saint-Jean a brûlé des suites d’un feu d’abattis qui a pris naissance à Saint-Félicien. Le vent, particulièrement fort cette journée du 19 mai 1870, a propagé l’élément destructeur « plus vite que le grand galop d’un cheval ». Suite à la tragédie, on a dénombré 555 familles sans logis et ayant tout perdu (ferme, animaux, récolte…) et 146 avec des pertes importantes. S’étendant entre Saint-Félicien et la Baie des Ha! Ha!, ces 700 familles représentaient 30% de la population. Malgré cela, « seulement » 5 personnes perdirent la vie.

1971

La nuit du 4 mai 1971 nous a prouvé qu’il est important de prévoir le plan de développement urbain d’une ville. Le village de Saint-Jean-de-Vianney a été le lieu d’un terrible glissement de terrain qui a laissé un immense trou de 32 hectares. L’infiltration d’eau de pluie et le sol instable a eu raison d’une quarantaine de bâtiments et maisons et a entraîné dans la mort 31 personnes. Le village a été fermé et les citoyens restant ont été relocalisés.

1996

Durant une fin de semaine du mois de juillet, des nuages gorgés de pluie surplombent la région du Saguenay et aucun vent ne semble vouloir les disperser. Entre le 19 et le 21 juillet, plus de 260 mm de pluie sont tombés (en 50 heures, soit 1 cm d’eau aux 2 heures). Cela a eu pour effet de faire déborder les réservoirs et barrages (dont certains, faute d’entretien, n’ont pas fonctionné efficacement) et inonder des quartiers et des villages entiers. On dénombre que 50 municipalités sont touchées de Lac Kénogami à Anse-Saint-Jean. Plus de 16 000 personnes ont été évacuées, 500 résidences sont complètement détruites et 1 200 autres sont gravement endommagées. Deux jeunes enfants ont trouvé la mort, coincés dans le sous-sol de leur résidence qui a été envahie par une avalanche de boue.

Éducation et gouvernement

Dans les années 60 au Québec, nous avons vu la structure du système d’éducation se modifier grandement. Les CÉGEP (Collèges d’Enseignement Général et Professionnel) voient le jour, ainsi que le réseau des Universités du Québec. Au Saguenay—Lac-Saint-Jean verront le jour 4 CÉGEP et 1 Université. Chaque établissement d’enseignement a la chance d’avoir des programmes uniques en région ou encore uniques au Québec et l’Université possède aujourd’hui des expertises bien spécifiques qui se démarquent des autres universités.

La restructuration du Québec n’est pas qu’au niveau de l’éducation, les gestions municipales et régionales voient aussi leurs mandats changés. Les développements économique et démographique font naître des Municipalités Régionales de Comté (MRC), des commissions scolaires et des fusions municipales. La dernière et plus importante, qui aura fait couler bien de l’encre en 2002, est celle des 3 plus grandes municipalités soit Jonquière, Chicoutimi, La Baie ainsi que 4 de leurs petites voisines soit Laterrière, Shipshaw, Lac Kénogami et Canton Tremblay. C’est maintenant sous l’appellation de Saguenay que l’on désigne la 6e ville plus importante du Québec.

Rivalité ou complémentarité ?

Lorsque l’on parle de guerre de clochers au Saguenay—Lac-Saint-Jean, ce n’est pas seulement une expression populaire ou des rivalités administratives. Lors de la construction du presbytère et de l’Église de Saint-Félicien, les rumeurs vont bon train concernant la construction non pas seulement d’une église mais d’une cathédrale à Saint-Félicien. Le Vatican semble hésiter entre deux possibilités, soit Saint-Félicien et Chicoutimi. Les communautés du lac Saint-Jean comptent sur ces développements, car qui dit cathédrale et diocèse en 1870, parle d’agrandissements, de travail, de population. Finalement, la décision est prise en faveur de Chicoutimi et c’est en 1878 que le diocèse de Chicoutimi est officiellement en fonction. Ce choix a laissé un goût amer aux Jeannois pendant bien des années, les curés alimentant l’animosité.

Si vous passez à Saint-Félicien, regardez bien le presbytère, sa construction modeste a été pensée afin que des agrandissements et un étage supérieur puissent être ajoutés en prévision de devenir diocèse.

Avec le temps, la rivalité de clocher s’est transformée quelque peu. Une certaine tension peut parfois se faire sentir entre le Lac et le Saguenay mais nous nous considérons beaucoup plus comme complémentaires l’un et l’autre. Les terres fertiles du lac Saint-Jean procurent emploi et nourriture; son bassin hydrographique très important permet à plusieurs entreprises forestières d’y installer leur barrage hydroélectrique. Quant au Saguenay, possédant un grand centre urbain, les industries de transformation et de fabrication ont une place importante dans la vie des Saguenéens. De part et d’autres du territoire, l’eau et la forêt sont pourvoyeurs de ressources, d’emploi et de tourisme.

Premières nations

À leur arrivée, les Européens ont nommé les amérindiens « Montagnais » car la région du lac Saint-Jean est ceinturée par une série de montagnes, la fin du système des Laurentides qui se nomme « La Lionne ». Entre eux, les Montagnais se nomment Ilnu (singulier) ou Ilunatsh (pluriel), ce qui signifie Homme(s); la « famille » qui habitait et habite encore la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean avait le deuxième nom de Kakouchak ou porc-épic.

Le Piékuagami a longtemps été un lieu de rassemblement pour les multiples familles Ilnuatsh vivant dans les territoires du Nitassinan (rive du Saint-Laurent, du lac Saint-Jean jusqu’au Labrador et jusqu’à Sherfferville). Mashteuiatsh, le nom de la réserve amérindienne du lac Saint-Jean signifie « là où il y a une pointe ». Bien avant de devenir telle qu’on la connaît depuis 1856, cette pointe était pour les Ilunatsh un point de rassemblement et un lieu de passage très fréquenté. La communauté a porté différents noms au cours de son histoire : Ouiatchouan jusqu’à 1985 pour devenir ensuite Mashteuiatsh…par contre, le nom de Pointe-Bleue a longtemps été utilisé.